Allocution de S.A.S. le Prince Albert II à l'ouverture des journées commémoratives

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Allocution de S.A.S. le Prince Albert II
à l'ouverture des journées commémoratives
du Centenaire des expéditions polaires
du Prince Albert Ier
Musée Océanographique de Monaco
Jeudi 11 mai 2006

Monsieur le Ministre, Monsieur le Président du Conseil National,
Monsieur l'Ambassadeur de France, Monsieur l'Ambassadeur d'Italie,
Mesdames, Messieurs, Chers Amis,

Ces deux journées commémoratives du Centenaire des premières expéditions polaires du Prince Albert 1er, que j'ai l'honneur et le plaisir d'ouvrir, constituent l'hommage que la Principauté doit au Prince océanographe.

Mon illustre Trisaïeul était habité d'une curiosité hors du commun, celle du scientifique et du chercheur qui s'interroge sans cesse sur l'origine de la vie, l'évolution des êtres, la lutte pour l'existence.

Alliée à sa passion pour la mer, cette curiosité le prédestine tout naturellement à mener, sur ses bateaux successifs, de captivantes campagnes scientifiques dont, en 1906, celle du Spitzberg. Ces campagnes océanographiques le mettent en contact avec des savants auxquels il insuffle son enthousiasme pour la science. Jalonnées d'opérations de recherche conduites sans relâche, ces expéditions contribuent largement à la connaissance du relief sous-marin, donnent un nouvel élan à l'océanographie et permettent de compléter la cartographie avec la « Carte générale bathymétrique des océans ».

Mais le Prince Albert 1er, loin d'être jaloux de Ses découvertes océanographiques, est à l'inverse animé de la préoccupation permanente de les offrir à la connaissance du public, ce qui Le détermine à ériger ce Musée, puis l'Institut Océanographique de Paris.

C'est pour cela que j'ai voulu Lui rendre hommage, en allant l'année dernière au Spitzberg, sur ses pas, et par l'expédition que j'ai menée, il y a quelques semaines, au Pôle Nord. Je tenais en effet à constater l'évolution intervenue en un siècle, sous les effets conjugués des changements climatiques et de la pollution.

Mais célébrant la mémoire de mon Aïeul, comment ne pas évoquer la fondation prestigieuse qu'il a créée et qui porte son nom ? Voici en effet un siècle qu'elle œuvre sans relâche dans des domaines si chers au Prince savant. Le Prince Albert 1er tenait en effet à ce que ses recherches servent aux générations futures et c'est dans cet esprit qu'il nous les a léguées.

La Fondation Albert 1er est en train de se doter de nouveaux statuts. En modernisant et en rationalisant son organisation comme son fonctionnement, ils auront pour effet de la rendre encore plus performante dans la réalisation des objectifs assignés par son Fondateur ; et je remercie M. Jean Chapon, Président du Conseil d'Administration de la Fondation, pour son action dans cette évolution.

Quant à moi, c'est avec une très grande fierté et un vif intérêt que j'assumerai la Présidence d'Honneur de la Fondation Albert 1er afin de montrer le plein engagement de la Principauté.

Je nourris donc de grands espoirs sur le développement de l'activité de la Fondation Albert 1er, dans laquelle la Principauté assumera pleinement son rôle au service de la communauté scientifique internationale.

Je vois aussi le nouvel élan donné au sein du Musée Océanographique qui, respectueux de son histoire, confirmera sa vocation d'être un lieu d'échanges, d'éducation, d'information et de sensibilisation d'un public toujours plus large.

Le Musée développera également un partenariat avec les centres de recherche de la Principauté : Centre Scientifique de Monaco, Laboratoires marins de l'AIEA, la CIESM et bien sûr à l'étranger.

Les conférences que vous allez maintenant pouvoir suivre et l'exposition que j'inaugurerai ce soir sont à replacer dans la même perspective : faire un point d'étape, un siècle après l'action du Prince Albert 1er, non pas de façon statique mais pour en tirer sans tarder les enseignements pour l'avenir.

Les conférenciers qui vont se succéder à la tribune aujourd'hui et demain proviennent d'horizons divers. Ainsi, leurs témoignages seront-ils complémentaires. Je tiens d'ailleurs à les remercier très chaleureusement d'avoir accepté d'animer ces journées.

L'historienne Mme Jacqueline Carpine-Lancre rappellera l'aventure extraordinaire menée par le Prince Albert 1er dans les régions arctiques et sans laquelle nous ne serions pas réunis aujourd'hui.

Tandis que le Professeur Julian Dowedeswell traitera de l'impact des changements environnementaux sur la banquise et les glaciers, Art Collins évoquera le challenge des nouvelles frontières de l'Arctique.

En nous entretenant de l'Arctique contaminé, du fait du transport à longue distance des polluants, M. Graham Shimmield nous dépeindra la réalité si préoccupante soit-elle, de même que Mme Samantha Smith, abordant le thème de l'Arctique et ses écosystèmes menacés. Je la remercie très chaleureusement pour son expérience et ses connaissances qu'elle nous a fait partager durant le voyage en région arctique.

M. Yvon le Maho nous révèlera pour sa part les remarquables adaptations au froid des plantes et des animaux polaires.

La matinée de demain sera largement dédiée au climat.

Le Professeur Douglas MacDougall retracera l'histoire climatique mouvementée d'un lointain passé, le Professeur Emmanuel Le Roy Ladurie apportera des témoignages humains de l'histoire du climat depuis l'An Mil, tandis que sur le réchauffement global, M. Jean-Marc Jancovici nous dévoilera ce que l'on sait et ce que l'on craint.

Pour sa part, le Professeur Yves Coppens nous partagera d'autres témoignages humains « sur environnement subi, environnement conquis ».

Ainsi que vous pouvez le constater, les titres de ces conférences révèlent le caractère préoccupant d'une situation qui appelle une prise de conscience et des remèdes urgents. Ils font aussi apparaître l'étonnante capacité d'adaptation de la Nature et des hommes. L'humanité ne saurait cependant miser à l'excès sur celle-ci, car il est des dégâts irréversibles qui interdisent toute adaptation.

L'exposition vient compléter ce cycle de conférences exceptionnelles. Elle s'attache, notamment, à établir un parallèle entre les travaux de recherche du Prince Albert 1er et la situation actuelle de la banquise telle que je l'ai découverte avec l'équipe qui m'accompagnait, il y a quelques semaines.

Je souhaite que cette exposition qui se veut, en quelque sorte, comparative, aide les visiteurs, notamment les plus jeunes d'entre eux, à prendre conscience des devoirs qui leur incombent, pour la préservation de l'environnement.

Je remercie les personnes qui ont conçu ces deux journées, spécialement le Professeur Jean Jaubert, Directeur du Musée Océanographique, qui a travaillé sans relâche pour que les différentes pièces de ce puzzle constituent une mosaïque réussie, assisté d'autres personnalités scientifiques, notamment du Centre Scientifique, de l'Organisation Hydrographique Internationale, de l'Agence Internationale pour l'Energie Atomique.

Mon souhait le plus cher est qu'au terme de ces journées, notre approche des phénomènes de changement du climat et de pollution globale ne soit plus tout à fait la même. Je me suis rendu au Pôle pour constater, pour témoigner et pour essayer d'alerter. Ces conférences, cette exposition, aideront , je l'espère, le public à constater, témoigner et alerter à son tour.

De notre prise de conscience collective, de notre témoignage et de notre action, le Prince Albert 1er serait, j'en suis sûr, très fier.

Je vous remercie.

Monaco le Lundi 14 Avril () - Copyright © 2008 Palais Princier de Monaco - http://monaco.arctic-expedition.mc