Palais Princier de Monaco
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27 avril 2007

Entrevue avec Son Altesse Royale La Princesse de Hanovre

Propos recueillis par Jacques Danois.

 Photo 1 :Entrevue avec Son Altesse Royale La Princesse de Hanovre
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Jacques Danois : Son Altesse Royale la Princesse de Hanovre, Présidente de l’AMADE, S’est rendue en Afrique, qu’Elle a visitée du Nord-Niger jusqu’à la pointe de l’Afrique du Sud. Elle a voulu voir, Elle a voulu entendre, Elle a voulu regarder de près le travail de l’AMADE sur ce continent, et Elle a également voulu se rendre compte de ce que l’enfant africain faisait, était, de ce dont il avait besoin. Ce sont donc des propos sur ce safari du cœur que nous écoutons ici ; c’est la relation d’un voyage professionnel, et intéressé par l’enfant.

Son Altesse Royale : Un travail de titan, on a parfois l’impression de mettre des pansements sur des jambes de bois. On ne sait pas si ce qu’on fait à long terme sera vraiment utile, mais je crois que cela en vaut la peine pour chaque sourire donné ou redonné à un enfant, pour chaque enfant à qui l’on sauve la vie, que l’on arrache à la misère, à une injustice, à cette loterie affreuse qu’est la vie, la naissance. Car on ne choisit pas de naître dans un Etat en guerre, de perdre ses parents, de perdre ses repères, de ne pas pouvoir se nourrir, de ne pas être défendu et protégé… On ne choisit pas cela. Donc je crois que si l’on arrive à en sauver un, sur les millions qui sont dans le besoin, on a déjà commencé à accomplir son devoir d’être humain.

J. D. : Est-ce que Vous avez eu l’impression de voir l’Afrique à travers les enfants, ou bien l’avez-Vous vue à travers toute la population ? Est-ce que ce sont les yeux des enfants qui Vous ont le plus ouvert les portes de l’Afrique ?

S.A.R. : Rien n’est indissociable ; certes avec l’AMADE, nous sommes une association qui s’efforce de venir en aide, de voler au secours des enfants, mais il faut comprendre que les enfant sont indissociables de leur mère. Et quand la mère n’est pas là, il faut essayer de retisser, de reconstruire une chaleur, un cocon. Je pense notamment aux orphelins de la guerre ou aux orphelins du SIDA.

Il faut une structure de protection pour ces enfants, et pour prévenir et protéger d’autres enfants il faut nécessairement travailler en amont. Prenons l’exemple des désastres climatiques et de la désertification. Comment peut-on pallier à cela ? On se trouve là confronté aux problèmes des adultes, et à essayer de résoudre une injustice qui frappe les parents des enfants. Si l’on veut faire un travail efficace, il faut éduquer, soigner et créer un environnement qui soit sécurisant et viable pour les familles.

J. D. : Est-ce que le travail de l’AMADE, qui est le Vôtre, que Vous menez de main de maître, que Vous avez envie de faire en Afrique, est-ce un travail de début ou est-ce un travail de reconstruction ? Par exemple, allez-Vous Vous aider des traditions, des coutumes, des civilisations, des cultures africaines, ou bien allez-Vous essayer, grâce aux gens qui travaillent avec Vous là-bas, de faire table rase de tout cela et de commencer quelque chose de nouveau ?

S.A.R. : Cela dépend des endroits, des circonstances, des pays… notamment lorsque l’on est confronté à des coutumes que je trouverais personnellement difficiles à accepter, sans vouloir faire preuve d’impérialisme occidental, culturel ou médical. Je pense par exemple à l’excision, qui est un cas douloureux. En tant que femme européenne, j’aimerais faire table rase de toute cela.

Mais je ne me sens pas le droit moral d’attaquer ce problème seule, je pense que cela est un problème des femmes en Afrique. On peut les aider, leur donner des moyens de mener ce combat, mais ce sont elles qui doivent le prendre en main. Et c’est déjà fait : il y a un véritable élan qui provient des femmes africaines, pour mettre fin à cette pratique. Dans ce cas bien particulier, j’aimerais effectivement voir une table rase, que cela ne se pratique plus, mais ce n’est pas à moi ni à notre association d’arriver avec nos gros sabots, pour dire « cela ne se fait pas ». Confrontés à une autre culture, même si nous ne sommes pas d’accord, je ne pense pas que l’on puisse moralement s’imposer de cette manière.

Ceci mis à part, il y a une énergie formidable dans la tradition, dans la culture, dans certaines pratiques ancestrales, ne serait-ce que dans la façon de creuser des puits, consolider des berges, capter le ruissellement des eaux pour remplir la nappe phréatique et accéder à l’eau plus facilement… Il faut utiliser ces énergies-là. Si l’on peut être un tel catalyseur et donner des moyens, même financiers, pour permettre dans un temps intermédiaire de fixer une population à un endroit, et les aider à rendre leur environnement moins hostile, il faut le faire. En soutenant l’agriculture, en permettant une activité agricole, donc économique, on aide les familles, et de ce fait les enfants.

J. D. : Vous avez parlé des femmes africaines. Si l’on divise la population en trois parties, pères, mères et enfants, les femmes sont-elles les plus solides, et celles en lesquelles Vous pensez que se trouve la plus grande espérance ?

S.A.R. : Cela dépend encore des endroits. Il y a des pays à forte tradition musulmane où les femmes n’ont pas vraiment voix au chapitre. Elles ont peu d’autonomie et de pouvoir de décision, quant à l’éducation de leurs enfants ou à l’accès aux soins, prisonnières de l’illétrisme ou de certaines coutumes. Je pense à des cas précis, comme par exemple aux solutions qui existent pour les cas de dénutrition grave, qui peuvent être souvent évités. Mais il peut arriver que le poids écrasant de leur culture, de leurs traditions, fait qu’elles ne sont pas toujours prêtes à suivre certaines consignes, certaines indications pour la santé de leurs bébés.

C’est alors un travail plus compliqué. On a besoin d’intermédiaires, de femmes sur le terrain, qui peuvent essayer de les amener à sauver leur enfant. Ainsi, avec la Fondation Princesse Grace, nous avons entièrement financé une école de sages-femmes, dans les camps sahraouis, parce que l’on sait très bien que les maris interdisent à leurs femmes, et les pères à leurs filles, d’aller consulter des médecins hommes. On a donc besoin de médecins femmes, en tout cas de sages-femmes, compétentes et qualifiées, tandis que les matrones traditionnelles, qui sont capables, n’ont parfois pas eu la formation médicale nécessaire pour faire face à des cas graves. Ce sont des petits projets, mais qui sont particulièrement utiles.

J. D. : Vous avez traversé deux régions en guerre, ou du moins en désordre, le Congo et le Burundi. Avez-vous ressenti quelque crainte ou bien cela Vous est-il apparu tout à fait naturel de Vous promener ainsi sur ce continent déchiré et dangereux ?

S.A.R. : Très sincèrement, je n’ai pas vraiment ressenti ce poids. Au Burundi, j’ai senti que le pays était parcouru d’un immense soupir de soulagement après toutes ces années, et avait une réelle envie de respirer, de panser ses blessures, et de redémarrer quelque chose. On a ressenti une espèce de joie, en même temps qu’un certain épuisement, et le constat de tous ces orphelins et de toutes ces populations déplacées.

J. D. : Qui les Africains ont-ils vu en Vous ? La Princesse, la Présidente de l’AMADE, ou une maman ?

S.A.R. : Cela, il faudrait le leur demander (rires).

J. D. : Vous aviez amené un de Vos fils avec Vous ?

S.A.R. : En effet, mais comme il est plus grand que moi, je pense que cela n’a pas marqué les esprits (rires).

J. D. : Et Vous, comment Vous êtes-Vous sentie ? Princesse, Présidente de l’AMADE ou mère ?

S.A.R. : Une fois que l’on est mère, c’est la chose qui vous identifie le mieux, je pense que toutes les mères ressentent la même chose. Une fois que l’on est mère, on l’est pour toute sa vie ; on ne décide pas de l’être à un moment, pour ne plus l’être à un autre moment. Non, on est mère avant tout, même si on a d’autres activités qu’on essaye d’accomplir au mieux.

J. D. : Une rencontre importante qui s’est produite là-bas, c’est celle avec Nelson Mandela. Je ne veux pas être indiscret, mais quels ont été vos sujets de conversation ? Le SIDA en a-t-il été un moment important ?

S.A.R. : J’avais déjà eu la joie de connaître Nelson Mandela auparavant à plusieurs reprises, et c’était formisable de le retrouver. C’est un homme merveilleux et tellement chaleureux ; il est bienveillant et une grande bonté émane de lui. Nous avons beaucoup parlé et ri. Nous avons notamment parlé de pays déchirés par des conflits internes ; cette rencontre se situait en fin de Mon voyage, et il était très intéressé, et M’a posé beaucoup de questions sur le Burundi, sur nos projets au Congo, au Niger. Il était notamment très préoccupé et très intéressé par le cas de la drépanocytose, un réél fléau qui échappe à l’attention de beaucoup de dirigeants et de beaucoup d’organismes de santé.

Quant au SIDA en Afrique, je ne vous apprends rien en disant que c’est un problème énorme, tel que le paludisme, qui demeure encore la première cause de mortalité. Mais on peut voir beaucoup de succès prometteurs et d’espoir avec la nouvelle génération de médicaments qui sont accessibles.

J. D. : Les gens Vous ont-il paru très conscients de ces dangers ?

S.A.R. : Oui, je pense qu’aujourd’hui un grand coup de projecteur est venu éclairer ces problèmes. Toutes les ONG, les médias, les gens de bonne volonté concernés, tous ont pu constater une prise de conscience et un désir de faire avancer les choses.

J. D. : Une dernière question, Madame. Que gardez-Vous de ce voyage dans Votre tête, dans Vos oreilles ? Est-ce le bruit de la foule africaine dans les villes et les villages surpeuplés, est-ce le chant du Sud ou les tambourinaires du Burundi ?

S.A.R. : Tous ces sons sont certes présents, mais ce que je garde c’est tout le travail encore à accomplir. Et peut-être aussi quelquefois le silence dans certaines salles d’hôpital, où il y a de telles résignations devant la détresse ; ces mamans muettes devant leur bébé malade ; ces patients en attente d’un lit. C’est peut-être ce qu’il y a de plus terrifiant. Il y a encore un long chemin à parcourir et des énergies à mobiliser.

J. D. : Vous avez vu, je crois, des mamans qui venaient d’accoucher ou qui allaient accoucher. Quel est pour Vous l’avenir de cet enfant que Vous avez vu naître près de Vous ?

S.A.R. : Je vois beaucoup de bébés qui viennent de naître, que ce soit ici à Monaco ou dans des hôpitaux, un peu partout. On ne peut que souhaiter ce qu’il y a de mieux, il n’y a rien de plus émouvant qu’une nouvelle vie qui vient sur cette terre. Quant à savoir quel sera son destin, cela reste insondable.

J. D. : Il nous appartient ?

S.A.R. : Rien ne nous appartient.

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