Palais Princier de Monaco
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19 novembre 2010

Le Prince et Melle Charlène Wittstock lors de la Fête nationale, le 19 novembre 2010.

Interview de S.A.S le Prince accordée au Figaro

 Photo 1 :Le Prince et Melle Charlène Wittstock lors de la Fête nationale, le 19 novembre 2010.

1/ Monseigneur, Monaco célèbre cette année une Fête Nationale qui revêt un caractère particulier du fait de la présence de Votre fiancée. Que représente cette journée pour Vous ?

Tout d'abord, permettez-moi de rappeler que la Fête Nationale est un moment privilégié de communion et d'intimité entre les Monégasques et la Famille Princière. Au-delà de la communauté nationale, j'apprécie d'associer les résidents à ce temps fort de partage. Je suis également heureux que Charlène ressente pour la première fois l'émotion que revêt ce moment. Déjà très proche de la population monégasque, elle découvrira la force des traditions de ce pays. J'espère aussi que les Monégasques seront heureux de voir officiellement leur future Princesse prendre part à cet événement.

2/ De la tribune de l'ONU à New-York à Shanghai, du sommet de la francophonie en Suisse jusqu'à celui de la biodiversité à Nagoya, Vous faites porter loin la voix de Monaco. Quelle est Votre ambition internationale pour Votre Etat qui occupe pourtant peu d'espace sur les cartes de géographie ?

Je crois que l'on peut être un petit Etat et faire entendre sa voix. Aujourd'hui, comment ne pas être présent là où se décide notre avenir ? Comment être absent des grands débats qui animent le monde ? Les crises politiques et économiques plus ou moins endémiques font évoluer notre façon de penser, la prise de conscience collective concernant la protection de l'environnement change nos comportements. Plus que jamais nous devons être à l'écoute des problèmes globaux qui agitent nos sociétés afin de pouvoir apporter des solutions adaptées.
Monaco a, de par ses composantes structurelles et historiques - je vous rappelle que plus de 120 nationalités y cohabitent - un rôle international à jouer. Monaco est connu dans le monde entier, mais je veux que mon pays ait un rayonnement international basé sur ses valeurs institutionnelles, son dynamisme, ses spécificités. Je suis fier que la Principauté soit identifiée pour ses compétences et son sérieux dans les grandes enceintes internationales. Dès l'année 2009, l'OCDE, le GAFI et le Conseil de l'Europe ont reconnu notre conformité globale aux standards internationaux. Depuis septembre 2009, nous sommes sortis de la liste grise de l'OCDE. Nous avons signé plus de 25 accords dont 13 avec des pays membres de l'OCDE – le dernier accord en date a été signé en juillet avec l'Allemagne. La Principauté a en outre été élue au comité exécutif de l'UNESCO . Nos relations internationales sont également enrichies par le travail de notre important réseau diplomatique et consulaire, ce qui souligne une fois encore, notre volonté d'ouverture sur le monde. Il y a un mois, j'étais à Shanghai pour la journée Nationale du Pavillon Monégasque dans le cadre de l'Exposition Universelle. Pendant six mois, plus de deux millions trois cents mille visiteurs ont découvert les spécificités monégasques; n'est-ce pas une façon de porter loin la voix de Monaco !

3/ Vous voyagez beaucoup, mais certains vous reprochent de ne pas être assez présent au quotidien à Monaco. Est-ce un choix délibéré de votre part ?

Les relations internationales sont une de mes prérogatives. A ce titre, ma présence aux réunions des grandes instances comme aux conférences mondiales telle que celle sur la biodiversité à Nagoya à laquelle j'ai assisté récemment, est nécessaire. De même, Il y a quelques semaines, au Sommet de la Francophonie, à Montreux, j'étais heureux de faire connaître, dans cette enceinte, les actions de coopération internationale de la Principauté. Cette ouverture sur le monde est l'essence même de nos valeurs qui repose sur une longue tradition d'échanges avec de très nombreux Etats, dans un esprit de respect et de liberté. Elle est aussi le fruit d'une volonté séculaire qui consiste à faire preuve de toujours plus de solidarité envers les plus défavorisés.
Les nombreux contacts que je noue au cours de ces voyages sont importants pour la Principauté et tout particulièrement pour le développement économique de mon pays. Ils permettent de faire connaitre Monaco sous un jour différent, d'amplifier et d'accélérer les échanges dans de nombreux domaines. Par ailleurs, mes voyages ne m'empêchent pas de suivre quotidiennement les dossiers.


4/ La nouvelle convention avec la France est entrée en vigueur, pourtant vous avez nommé au printemps dernier un nouveau Ministre d'Etat, Michel Roger, qui est encore un haut fonctionnaire français. C'est Votre volonté ? Quelles sont les relations avec le grand voisin qui a souvent été critique avec Monaco en dénonçant un « paradis fiscal » ? Et Vos relations avec le président de la République Nicolas Sarkozy ?

Suite aux accords passés en 2005 avec le Président Jacques Chirac, j'ai pu choisir mon Ministre d'Etat, M. Michel Roger, choix bien entendu confirmé par le Président Nicolas Sarkozy .
Comme vous le savez, les relations entre la France et Monaco sont empreintes depuis toujours de respect et de confiance. Le Président Sarkozy a effectué une visite officielle en 2008 et, depuis mon avènement, nous avons des échanges réguliers ainsi qu'avec certains de ses Ministres. J'entretiens avec lui des rapports d'estime et d'amitié.
Nous travaillons ensemble sur de nombreux sujets pour lesquels nous partageons la même préoccupation : la protection de l'environnement et le développement durable, l'avenir des pays du bassin méditerranéen, le développement des nouvelles technologies, les nouvelles règles de gouvernance, une politique commune de transports et un bassin d'économie et d'emplois qui concerne plus de 40.000 personnes.
Concernant les paradis fiscaux, j'aimerais que cesse, une fois pour toutes, cette affirmation sur mon pays. Monaco n'est pas un paradis fiscal. Le budget de l'État de la Principauté est alimenté aux trois quarts par les recettes de TVA, qui sont directement liées à l'activité économique. Et la TVA est en vigueur dans les mêmes conditions qu'en France. Il n'y a donc rien de mystérieux dans nos finances.

Je vous rappelle que dès mon accession au pouvoir, j'ai pris pour orientation fondamentale l'accentuation de la mise en conformité de notre réglementation avec les règles européennes. Cette ferme décision est appliquée avec énergie et détermination par mon Gouvernement.
Enfin, s'agissant de la lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme, comme je viens de vous le rappeler, nous répondons en tous points aux critères demandés par les organisations économiques et financières internationales.

5/ Vous avez résolument placé Votre règne sous le signe de Vos passions – l'environnement, le sport, les rencontres internationales – avez-vous le sentiment que l'image de Monaco en a été modifiée et renforcée ?

Je n'ai nullement placé mon règne sous le signe de mes passions. J'ai préempté les sujets de société prioritaires qui pouvaient s'adapter aux spécificités de mon pays. Depuis plus d'un siècle, notamment sous l'impulsion du prince Albert Ier, Monaco se préoccupe de la protection de l'environnement et de la recherche scientifique. J'ai donc amplifié cette implication qui nous était naturelle. Le premier Grand Prix automobile a eu lieu en 1929, dans ce domaine également nous étions des précurseurs. Il était donc légitime qu'au fil des décennies, Monaco devienne une des capitales mondiales du sport.
La façon dont je m'implique dans le développement et le rayonnement de mon pays ainsi que dans les causes humanitaires qui nous sont chères, a peut-être modifié la perception que les observateurs pouvaient avoir de Monaco. Je ne peux qu'en être satisfait.

6/ Monaco tient son identité de l'Histoire mais son économie est performante dans la haute technologie : Vous sentez-vous parfaitement à l'aise entre tradition et modernité, ou vous sentez-vous parfois prisonnier des entraves du passé ?

Il n'y a aucune entrave entre tradition et modernité, il y a simplement dans l'exercice du pouvoir, un accomplissement quotidien qui s'appuie sur les connaissances acquises et se nourrit de l'anticipation des besoins à venir. Je suis fier du parcours séculaire de mes ancêtres et heureux de travailler, avec la population monégasque, pour le Monaco de demain. C'est l'une des caractéristiques fondamentales du principe monarchique de pouvoir conjuguer le passé au présent et de préparer l'avenir dans la sérénité.
Mais nous avons déjà, comme vous le rappelez, des secteurs dans le domaine économique qui s'appuient sur les technologies les plus innovantes et notre croissance est fondée sur des activités diversifiées telles que le tourisme haut de gamme, des activités de recherche, activités industrielles propres à forte valeur ajoutée, les nanotechnologies ···

7/ Huit mille Monégasques et, par-delà, 32000 résidents ont le sentiment à juste titre d'être privilégiés et à l'abri des soubresauts du monde. Comment ne pas être enfermés dans une bulle dorée qui suscite jalousies et convoitises ?

Nous vivons incontestablement dans un pays qui présente de nombreux atouts et où les habitants jouissent entre autres, d'une sécurité enviée par le monde entier. La population de la Principauté n'est pas repliée sur elle-même. 45.000 personnes viennent travailler chaque jour à Monaco, essentiellement en provenance du département des Alpes-Maritimes et de l'Italie. Je vous rappelle que Monaco est un vivier d'emplois pour toute la région.
Et je puis vous assurer que Monaco est à son échelle, un des plus grands pays donateurs en Europe. Cet esprit de solidarité, de générosité est le plus beau fleuron de mon pays et j'en suis fier.
Plus de 100 projets sont programmés dans 24 pays partenaires tout particulièrement concentrés sur le bassin méditerranéen et le continent africain. Depuis 2008, l'Aide Publique augmente chaque année de 25 % pour atteindre l'objectif fixé par les Nations-Unies d'y consacrer 0.7 % du RNB au plus tard en 2015.
Je ne peux vous énumérer l'ensemble des actions menées, mais c'est quelque chose de tout à fait exceptionnel. De même que je me réjouis de l'importance du budget accordé à la culture. C'est pourquoi, mon Gouvernement a décidé de communiquer sur les réalités de Monaco, afin que la perception de l'opinion publique évolue. Je souhaite que cette campagne aide à corriger les idées reçues et les clichés sans cesse répétés.

8/L'annonce de Votre prochain mariage avec Melle Charlène Wittstock a suscité dans le monde entier un intérêt – d'ailleurs sympathique ; Vous attendiez-Vous à un tel élan ? Est-ce parce que Vous avez pris Votre temps avant de Vous décider de Vous marier ?

Si l'annonce de notre mariage a suscité un élan de sympathie, je ne peux que m'en réjouir. Il s'agit en effet d'un événement qui permet à une très large population de participer à un moment qui par essence est heureux. Dans notre monarchie sept fois centenaire, tout ce qui touche à ma famille est vécu intimement par les Monégasques et il faut bien reconnaître que cela intéresse aussi largement le monde entier, si j'en juge par la curiosité des médias.
Mais nous voulons aussi, Charlène et moi, que cette union soit un moment de communion autour de valeurs qui nous sont chères, et qui sont celles de mon pays.


9/ Les Français connaissent encore peu celle qui deviendra dans sept mois la nouvelle Princesse de Monaco. Quel portrait pourriez-Vous nous brosser d'elle ? De quelle manière s'est-elle préparée à son nouveau statut ?

C'est une jeune femme qui s'est construite notamment à partir des valeurs du sport qui me sont si chères. L'histoire de son pays, l'Afrique du Sud, a nourri de façon encore plus forte chez elle les valeurs de générosité, de solidarité et d'humanisme. Sa sensibilité lui permet d'avoir un grand sens des autres. De plus, elle a beaucoup d'humour et une insatiable curiosité. Par ailleurs, j'ai beaucoup aimé la façon dont elle a conquis le cœur des monégasques, qui eux-mêmes ont su l'adopter.
Une des qualités de Charlène est sa faculté d'adaptation aux situations nouvelles. Aussi, chaque jour, elle appréhende davantage le rôle qui sera le sien dès juillet prochain.

10/ Le dernier grand mariage princier en Principauté était celui de Vos parents en avril 1956 aux allures hollywoodiennes. Votre mariage sera-t-il célébré selon un mode différent ? Quel style allez-Vous lui apporter ?

Nous avons souhaité que notre mariage soit le reflet de notre époque et de nos personnalités. A ce titre, nous voulons partager ce moment avec l'ensemble de la population. C'est la raison pour laquelle nous avons choisi la Place du Palais. Ce mariage doit allier le respect des traditions et la modernité ainsi que la force des institutions dans l'expression de leur simplicité.


11/ Quel rôle jouera la Princesse Charlène après son mariage ? Comment comptez-vous répartir les tâches entre Votre épouse et Vos sœurs ?

Charlène a une personnalité bien affirmée et je n'ai aucun doute sur l'envie qu'elle a, dès à présent, de s'investir à mes côtés. Par ailleurs, déjà engagée dans des causes humanitaires telles que Special Olympics, Birdlife, et la Nelson Mandela Foundation, elle a la volonté de continuer et d'intensifier son action dans divers autres domaines sur lesquels elle réfléchit déjà.
Mes sœurs, quant à elles, défendent avec énergie et passion depuis de nombreuses années, des causes reconnues au plan international. Vous savez à quel point le monde souffre, et hélas, nous ne serons jamais assez nombreux pour venir en aide à ceux qui en ont besoin.

12/ Monaco va attirer tous les projecteurs de l'actualité en juillet prochain et faire venir en Principauté journalistes du monde entier et curieux : pensez-vous que Votre mariage va conforter la reprise économique qui est sensible à Monaco grâce au tourisme ? Monaco a-t-elle bien résisté à la crise financière et économique ?

Permettez-moi tout d'abord de vous dire que j'espère vraiment que mon mariage servira à mieux faire connaître Monaco au-delà des stéréotypes que l'on peut en avoir. Si tel est le cas, je pense que la Principauté enfin reconnue pour l'ensemble de ses spécificités, en verra son pouvoir d'attractivité renforcé.
La comparaison des conséquences de cette crise sur Monaco par rapport à celles subies par nombre d'autres Etats a permis de constater que l'économie monégasque a cependant bien résisté grâce au dynamisme des entreprises. Et les chiffres du premier semestre 2010 laissent supposer que la reprise est amorcée, notamment dans le secteur du tourisme.

13/ En conclusion, Monseigneur, quel est l'objectif que Vous poursuivez en menant depuis bientôt six ans les affaires de la Principauté ?

Mon souci prioritaire est avant tout le bien-être de l'ensemble de la population monégasque. Dans de nombreux domaines, j'ai voulu que mon Gouvernement mène une politique soutenue dont nous pouvons être fiers : économie, social, sécurité, sport, culture··· D'autre part, je me suis engagé en tant que Chef d'Etat à défendre la protection de l'environnement et à ce que la Principauté devienne exemplaire dans ce domaine. J'entends bien poursuivre, sans relâche, cette mission. Enfin, depuis plus de 5 ans, au travers de mes rencontres et de mes voyages, je m'efforce d'adapter mon pays à un ordre mondial sans cesse en évolution. Tous mes efforts tendent à atteindre ces objectifs.


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