Palais Princier de Monaco
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La protection de la Méditerranée contre les pollutions : résultats et défis

Université de Milan

Mesdames et Messieurs,
Chers amis,

Innanzitutto vorrei esprimervi il grande piacere che ho di essere qui tra voi, per questo incontro che mi rallegra sinceramente.

Elle est en effet l'occasion de retrouver des personnalités éminentes, scientifiques et universitaires, avec lesquelles il est toujours important pour moi de dialoguer, et que je salue ici chaleureusement. Je tiens également à saluer le recteur de l'université Bicoca, Monsieur le Professeur Fontanesi, sans lequel l'organisation de cet événement n'aurait pas été possible.

Cette rencontre est aussi l'occasion de réaffirmer la solidarité profonde qui, dans le domaine de la protection de l'environnement comme dans beaucoup d'autres, unit l'Italie et la Principauté de Monaco. Nos deux pays, si proches par l'Histoire, liés par la géographie, solidaires face aux défis de l'avenir, doivent plus que jamais avancer ensemble, en particulier pour traiter de problèmes partagés, comme celui qui nous rassemble aujourd'hui.

Les menaces qui pèsent sur la Méditerranée sont en effet trop graves et trop lourdes pour qu'il soit seulement possible d'envisager d'y répondre de manière isolée. Avec l'ensemble des autres pays méditerranéens, et notamment nos voisins de l'Union Européenne, nous devons nous mobiliser de manière ordonnée, cohérente, déterminée. C'est la seule façon de prévenir efficacement les drames que nous réserverait l'incurie ou l'inaction.
Ces drames, quels sont-ils ? Ce sont bien entendu les catastrophes visibles, spectaculaires même, qui scandent l'actualité. Il y a quelques semaines, les terribles images du naufrage du paquebot Costa Concordia sont venues rappeler à chacun les menaces très lourdes qui pèsent quotidiennement sur la Méditerranée.

Mais d'autres dangers sont aussi à l'œuvre. Ils sont évidemment moins visibles; ils n'en sont pas moins réels pour cette mer en péril.

Oui, Mesdames et Messieurs, tout comme le Prince Rainier III mon Père l'avait dénoncé il y a maintenant prés d'un demi siècle avec le Commandant Cousteau, notre mer commune est encore aujourd'hui en péril.

Et elle est d'abord menacée par nous-mêmes, qui vivons sur ses rivages sans respecter suffisamment ce patrimoine auquel nous devons tant !

Nous sommes aujourd'hui près de cinq cent millions d'habitants autour de cet espace limité, dont cent cinquante millions sur le littoral même auxquels il convient d'ajouter près de trois cents millions de touristes chaque année : cette population de plus en plus concentrée et de plus en plus urbanisée est la première cause des menaces qui guettent la région.

Car les millions d'hommes, de femmes et d'enfants qui peuplent les côtes ont bien entendu besoin de se nourrir, de vivre, d'échanger, et pour cela de produire, de commercer, de consommer. Or, ces activités essentielles sont aujourd'hui accomplies de manière souvent déraisonnable, dans l'ignorance de toute perspective durable.

L'accroissement permanent du trafic maritime, avec des navires de plus en plus grands, augmente les risques, et notamment ceux de pollutions par les hydrocarbures, sans même parler des rejets volontaires toujours constatés. Avec l'érosion des ressources halieutiques, la pêche se concentre dans les zones où les biotopes sont les plus riches. Le chalutage intensif en détruit les fonds, qui sont souvent des zones de frayères. Exemple emblématique, mais hélas dramatique, la surpêche du thon déséquilibre l'ensemble de la chaîne alimentaire. Et le développement de l'aquaculture ne rassure guère plus, étant elle aussi la source potentielle de nombreuses pollutions, et de transmission d'épizooties .

Autre menace qui se dessine pour le futur, le regain d'activité dans le domaine pour l'instant de l'exploration - mais bien entendu avec des perspectives d'exploitation ultérieure - des ressources énergétiques fossiles pouvant exister au droit de nos côtes. Les risques environnementaux inhérents à de telles activités, comme ceux liés inéluctablement à la dévalorisation qui en résulterait du capital touristique de nos régions, devraient conduire à examiner ces menaces avec la plus grande rigueur et, c'est mon opinion personnelle, à les écarter, d'autant que le potentiel d'énergies renouvelables disponibles dans nos régions est considérable et très largement sous exploité.

Je pense, en particulier, au solaire si abondant particulièrement au Sud de la Méditerranée, et qui pourrait constituer demain un puissant levier de développement durable. Je suis à cet égard avec beaucoup d'intérêt le concept Desertec, qui pourrait dès 2050 fournir à l'Europe 15% de son énergie, à partir du seul ensoleillement des zones désertiques de la rive Sud. Un tel concept ouvre des perspectives considérables d'accès à une énergie propre et inépuisable, mais aussi de développement.

C'est ainsi que cette mer si belle et si riche, qui accueille 8 % des espèces marines dans 0,8 % de la surface et 0,3 % du volume des eaux océaniques du globe, est aujourd'hui affaiblie. Elle l'est d'autant plus que le contexte planétaire est menaçant. Le réchauffement climatique, la baisse de la pluviométrie, l'acidification du milieu marin, dont la progression en Méditerranée est comparable à celle de l'océan, ou encore la prolifération des espèces invasives, sont autant de facteurs supplémentaires de fragilisation de ces écosystèmes.

Tels sont, Mesdames et Messieurs, les périls très concrets qui guettent notre mer commune, et contre lesquels il nous faut aujourd'hui trouver des réponses qui puissent être à la fois réalistes et efficaces.

Tous ces dangers ne relèvent pas directement de la pollution. Mais, s'il s'agit de s'interroger réellement sur la pollution et les manières d'y remédier, comment ne pas voir qu'elle n'est qu'une manifestation parmi d'autres d'une fragilisation globale ? Comment ignorer qu'elle ne fait qu'ajouter à la situation de cette mer qui, pour reprendre un terme fort de l'ONU, est devenue une « mer martyrisée » par tant d'activités prédatrices ?

Mais la défense de l'environnement n'a aucun sens, si elle ne se fait pas pour les hommes, pour leur survie à long terme, pour le développement et le progrès des populations, pour préserver et améliorer la vie de tous.

Tel est donc le paradoxe inhérent à toute réflexion sur la protection de notre Planète : c'est pour les hommes que nous nous battons, et c'est contre certaines tendances des hommes que nous devons combattre. Contre cette tendance de l'humanité qui consiste à utiliser sans ménagement les ressources à sa disposition. Contre le réflexe qui consiste à réfléchir en termes de profits immédiats plutôt qu'en termes de préservation à long terme.
Pour résoudre cette contradiction, il n'est d'autre choix que de concevoir un autre mode de développement. Un développement qui satisfasse à la fois les impératifs de la Planète et les aspirations de ses habitants. Ces aspirations sont légitimes, surtout pour toutes les populations qui peinent aujourd'hui à accéder à des biens essentiels, à l'eau, à l'hygiène, à la santé, à l'alimentation. Ces populations sont majoritairement concentrées sur la rive Sud et réclament un développement accéléré de leurs régions.

C'est leur espoir et c'est leur droit légitime. Plus nous laisserons s'élargir le fossé entre les rives, plus nous accroîtrons les problèmes, y compris d'un strict point de vue environnemental. Car les menaces écologiques sont toujours plus graves lorsque l'économie est malade. Nous le voyons aujourd'hui, avec cette crise financière qui secoue l'Europe, touche les populations et conduit trop souvent à négliger l'impératif de préservation de l'environnement.

D'ores et déjà, une prise de conscience essentielle a eu lieu, des progrès sont accomplis année après année et les pistes d'un autre modèle de développement se multiplient. C'est sur ces progrès que nous devons nous appuyer.

Je voudrais souligner l'importance des efforts qui sont entrepris au sein des instances européennes, où la construction progressive d'un droit de l'environnement convergeant et contraignant a marqué un progrès majeur. Cette prise de conscience était nécessaire. Je crois qu'elle est désormais en bonne voie. Je ne peux que souhaiter désormais en voir les effets s'étendre à d'autres problématiques environnementales, en particulier la pêche, pour laquelle l'Europe a un rôle indispensable de régulateur à jouer.

D'autant que les différents pays concernés tracent eux aussi des perspectives intéressantes. C'est la multiplication des initiatives, notamment régionales, qui nous permettra de progresser durablement.

Pour citer un exemple que je connais bien, l'accord Ramoge entre la France, l'Italie et Monaco a permis depuis plus de trente ans de conduire des actions importantes de coopération scientifique, technique, juridique et administrative pour une gestion plus intégrée du littoral et sa protection contre les pollutions. Dans la foulée de Ramoge, le plan Ramogepol sur les pollutions accidentelles est lui aussi un outil important pour faire face à ces risques importants et hélas récurrents.

Je voudrais m'arrêter un instant sur ces initiatives, qui obéissent à une philosophie que je crois essentielle : la délimitation de périmètres prioritaires, zones économiques exclusives et aires marines protégées, qui permet de préserver certains secteurs essentiels de tout risque de pollution directe.

Né de la coopération féconde entre la France, l'Italie et la Principauté de Monaco, l'accord Pélagos offre ainsi un exemple qu'il nous faut développer avec beaucoup d'ambition et non moins d'énergie et pour lequel je souhaite fortement que la volonté politique d'agir ne soit pas stérilisée par des rigidités administratives ou de vains débats institutionnels.

Fonctionnant sur cette base de partenariat fécond avec les acteurs privés et les populations, d'autres aires marines protégées apportent la preuve de leur efficacité. Dans de nombreuses régions de la Méditerranée, comme dans d'autres mers du globe, elles rencontrent aujourd'hui un vrai succès, à la fois écologique, économique, scientifique et pédagogique.

Car s'il est essentiel de toujours agir dans l'intérêt des populations, il nous faut aussi le faire avec ces populations, en prenant soin de les convaincre et de les associer. Il ne s'agit pas de s'opposer à leur développement, il s'agit simplement de l'encadrer et de l'orienter, de manière à le rendre compatible avec les exigences environnementales. Il s'agit aussi, en travaillant en partenariat avec les populations, de préserver certains patrimoines que nous savons essentiels, pour elles comme pour notre avenir à tous.

C'est le sens des actions menées par la Fondation que j'ai créée en 2006, et qui conduit aujourd'hui de nombreux projets, en Méditerranée notamment, autour de trois thèmes majeurs que sont la préservation de la biodiversité, la lutte contre le changement climatique et la préservation des ressources en eau. Chaque fois, nous travaillons dans un esprit de partenariat exigeant qui vise à toujours associer les populations, leur faire comprendre que c'est pour elles et avec elles que nous préserverons ce patrimoine unique et millénaire qu'est notre mer Méditerranée. C'est un gage de respect autant que d'efficacité.

Mesdames et Messieurs, Chers amis,

S'il s'agit de protéger notre mer, notre région, des dégâts de la pollution, nous ne pourrons le faire que dans un esprit d'ouverture et de partenariat avec ceux qui vivent ici. C'est un principe essentiel, mais c'est aussi le constat très empirique de l'acteur que je suis, qui agit depuis de nombreuses années dans le domaine de l'environnement.

Contre la pollution, les populations méditerranéennes doivent être nos premiers alliés. La Méditerranée est leur source de vie, le berceau de leurs rêves et le jardin de leur subsistance. Quand cette source est polluée, c'est leur survie même qui est en question. Et quand la survie des peuples est menacée autour de notre mer, c'est toute notre civilisation qui vacille. Là réside le pouvoir profond de cette mer qui fut notre origine à tous et continue d'incarner pour nous un idéal autant qu'un espoir, celui de nous faire prendre conscience des forces et des faiblesses d'une civilisation née de cette mer et qui ne saurait la laisser mourir.

Il y a là, autour de ces paysages millénaires si puissants, si intimement liés à notre culture, comme un condensé de notre destin collectif. Un résumé d'autant plus saisissant que nous avons la capacité de l'écrire ensemble.

Comme l'a écrit Albert Camus dans Amour de vivre, « jamais peut-être un pays, sinon la Méditerranée, ne m'a porté à la fois si loin et si près de moi-même».

Je vous remercie.

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